Viernes, 18 de mayo de 2007
Le cimeti?re marin


Ce toit tranquille, o? marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommenc?e
O r?compense apr?s une pens?e
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

Quel pur travail de fins ?clairs consume
Maint diamant d'imperceptible ?cume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'ab?me un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une ?ternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

Stable tr?sor, temple simple ? Minerve,
Masse de calme, et visible r?serve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . ?difice dans l'?me,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

Temple du Temps, qu'un seul soupir r?sume,
? ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entour? de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande supr?me,
La scintillation sereine s?me
Sur l'altitude un d?dain souverain.

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en d?lice il change son absence
Dans une bouche o? sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fum?e,
Et le ciel chante ? l'?me consum?e
Le changement des rives en rumeur.

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Apr?s tant d'orgueil, apr?s tant d'?trange
Oisivet?, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne ? ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise ? son fr?le mouvoir.

L'?me expos?e aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumi?re aux armes sans piti?!
Je te tends pure ? ta place premi?re,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumi?re
Suppose d'ombre une morne moiti?.

O pour moi seul, ? moi seul, en moi-m?me,
Aupr?s d'un coeur, aux sources du po?me,
Entre le vide et l'?v?nement pur,
J'attends l'?cho de ma grandeur interne,
Am?re, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'?me un creux toujours futur!

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets ?blouissants,
Quel corps me tra?ne ? sa fin paresseuse,
Quel front l'attire ? cette terre osseuse?
Une ?tincelle y pense ? mes absents.

Ferm?, sacr?, plein d'un feu sans mati?re,
Fragment terrestre offert ? la lumi?re,
Ce lieu me pla?t, domin? de flambeaux,
Compos? d'or, de pierre et d'arbres sombres,
O? tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fid?le y dort sur mes tombeaux!

Chienne splendide, ?carte l'idol?tre!
Quand solitaire au sourire de p?tre,
Je pais longtemps, moutons myst?rieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
?loignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la s?cheresse;
Tout est br?l?, d?fait, re?u dans l'air
A je ne sais quelle s?v?re essence . . .
La vie est vaste, ?tant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

Les morts cach?s sont bien dans cette terre
Qui les r?chauffe et s?che leur myst?re.
Midi l?-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient ? soi-m?me
T?te compl?te et parfait diad?me,
Je suis en toi le secret changement.

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le d?faut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris d?j? ton parti lentement.

Ils ont fondu dans une absence ?paisse,
L'argile rouge a bu la blanche esp?ce,
Le don de vivre a pass? dans les fleurs!
O? sont des morts les phrases famili?res,
L'art personnel, les ?mes singuli?res?
La larve file o? se formaient les pleurs.

Les cris aigus des filles chatouill?es,
Les yeux, les dents, les paupi?res mouill?es,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux l?vres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les d?fendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

Et vous, grande ?me, esp?rez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma pr?sence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

Maigre immortalit? noire et dor?e,
Consolatrice affreusement laur?e,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne conna?t, et qui ne les refuse,
Ce cr?ne vide et ce rire ?ternel!

P?res profonds, t?tes inhabit?es,
Qui sous le poids de tant de pellet?es,
?tes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irr?futable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

Amour, peut-?tre, ou de moi-m?me haine?
Sa dent secr?te est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui pla?t, et jusque sur ma couche,
? ce vivant je vis d'appartenir!

Z?non! Cruel Z?non! Z?non d'?l?e!
M'as-tu perc? de cette fl?che ail?e
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la fl?che me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'?me, Achille immobile ? grands pas!

Non, non! . . . Debout! Dans l'?re successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fra?cheur, de la mer exhal?e,
Me rend mon ?me . . . O puissance sal?e!
Courons ? l'onde en rejaillir vivant.

Oui! grande mer de d?lires dou?e,
Peau de panth?re et chlamyde trou?e,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'?tincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

Le vent se l?ve! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout ?blouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux r?jouies
Ce toit tranquille o? picoraient des focs!




Paul Val?ry (1871-1945)
Publicado por gala2 @ 8:22  | POEMAS
Comentarios (1)  | Enviar
Comentarios
Publicado por nombre
Viernes, 18 de mayo de 2007 | 9:19
Quel r?gal, mon dieu!, mon dieu!.
Merci bien, ?ngela.
Mes hommages!
Mariano Ibeas