Viernes, 13 de abril de 2007
La Mort du Loup


I

Les nuages couraient sur la lune enflamm?e
Comme sur l'incendie on voit fuir la fum?e,
Et les bois ?taient noirs jusques ? l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruy?re ?paisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils ? ceux des Landes,
Nous avons aper?us les grands ongles marqu?s
Par les loups voyageurs que nous avions traqu?s.
Nous avons ?cout?, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament;
Car le vent ?lev? bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les ch?nes d'en-bas, contre les rocs pench?s,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couch?s.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la t?te,
Le plus vieux des chasseurs qui s'?taient mis en qu?te
A regard? le sable en s'y couchant; Bient?t,
Lui que jamais ici on ne vit en d?faut,
A d?clar? tout bas que ces marques r?centes
Annon?ait la d?marche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors pr?par? nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas ? pas en ?cartant les branches.
Trois s'arr?tent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aper?ois tout ? coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au del? quatre formes l?g?res
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruy?res,
Comme font chaque jour, ? grand bruit sous nos yeux,
Quand le ma?tre revient, les l?vriers joyeux.
Leur forme ?tait semblable et semblable la danse;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'? deux pas, ne dormant qu'? demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le p?re ?tait debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux R?mus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dress?es,
Par leurs ongles crochus dans le sable enfonc?es.
Il s'est jug? perdu, puisqu'il ?tait surpris,
Sa retraite coup?e et tous ses chemins pris,
Alors il a saisi, dans sa gueule br?lante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante,
Et n'a pas desserr? ses m?choires de fer,
Malgr? nos coups de feu, qui traversaient sa chair,
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment o? le chien ?trangl?,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roul?.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'? la garde,
Le clouaient au gazon tout baign? dans son sang;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en l?chant le sang r?pandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a p?ri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II

J'ai repos? mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant ? penser, et n'est pu me r?soudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux, la belle et sombre veuve
Ne l'eut pas laiss? seul subir la grande ?preuve;
Mais son devoir ?tait de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre ? bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes,
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III

H?las! ai-je pens?, malgr? ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous , d?biles que nous sommes!
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez sublimes animaux.
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,
Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.
--Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est all? jusqu'au coeur.
Il disait: " Si tu peux, fais que ton ?me arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'? ce haut degr? de sto?que fiert?
O?, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord mont?.
G?mir, pleurer prier est ?galement l?che.
Fais ?nergiquement ta longue et lourde t?che
Dans la voie o? le sort a voulu t'appeler,
Puis, apr?s, comme moi, souffre et meurs sans parler."

Publicado por dali1 @ 8:00  | POEMAS
Comentarios (3)  | Enviar
Comentarios
Publicado por nombre
Viernes, 13 de abril de 2007 | 13:37
Merci bien, ?ngela, J'ai eu un grand plaisir ? relire ? nouveau ces vers d'Alfred de Vigny; je reconnais l? la grande tradition fran?aise des vers classiques, bien ?ntendu que ces po?mes ne sont pas du go?t d'aujoutd'hui; mais la grande ma?trisse de la versification,la richesse de vocabulaire et surtout le r?gal de la lectura ? haute voix ne fait qu'augmenter le plaisir de les trouver ici, une fois de plus.
Merci a nouveau!
Mariano Ibeas
Publicado por dali1
Viernes, 13 de abril de 2007 | 19:08
Eres increible Mariano. Te voy descubriendo cada d?a m?s a trav?s de esta peque?a pantalla en la que vertemos nuestras pasiones por la poes?a de siempre, la de rima y medida y la otra que llaman "libre". Siento que en tus palabras se manifiesta un amante de la poes?a sin calificativos, la de verdad, la que se le queda a uno pegada a la piel para siempre. Gracias por acudir a este blog en el que intento ir dejando?algunas de mis "querencias". Hasta pronto.
Publicado por nombre
Viernes, 13 de abril de 2007 | 23:43
Gracias ?ngela: Gracias por tus comentarios; veo que en algunos gustos coincidimos.
Acabo de vivir una expriencia ?nica: La primera semana de la poes?a ?ltima "Los chicos est?n bien" ha comenzado de manera brillante: sal?n a rebosar, una introducci?n magistral de Luis Antonio de Villena y luego la lectura de poemas de tres poetas j?venes; un placer. A la salida me entero de que en el sal?n de al lado alguien, en el curso de una tertulia, hab?a estado leyendo poemas; entre ellos uno m?o:"Por qu? escribo" que colgu? en:"DESDELDESVAN"recientemente; y a la salida una amiga me recita de memoria otro poema m?o del que yo hab?a perdido la memoria; o sea que mi ego est? a estallar.
Por cierto que el t?tulo "Los chicos est?n bien" est? tomado de una canci?n del grupo de rock "WHO" y dice eso precisamente, que los viejos rokeros __ en este caso los viejos poetas__ nunca mueren.
Un abrazo
Mariano Ibeas