Martes, 20 de marzo de 2007
Fulgurations

1

"Le duc piqua ce qu'on appelle un soleil"
(Proust)
Par millions, ils sombrent.
Le courant d?pose sur les crevasses du rivage
les naufrag?s du grand crash
longtemps annonc? par l'archange.
Sur les plages d?sert?es du golfe de Tonkin
les ?nes soupirent d'ennui,
ils veulent ? tout prix monter sur les planches ? billets
d?ss?ch?es par le soleil natal.

2

"Les gros albatros lourds, d'une teinte sale, avec leur air b?te de mouton".
(Loti)
La foudre et l'?clair jettent des paquets de brume
parmi les albatros assoupis sur les sables
moelleux de la baie des Cochons.

Les junk bonds se ramassent ? la pelle.

3

"Son grand sac de toile brod? tango"
(Aragon)
Des recoins calfeutr?s de l'imagination fabrienne,
situ?e quelque part entre le p?le nord
et le terrain de golf du prince de Galles,
bondit triomphant le dernier des hippocampes
? il nous invite au voyage, ? un nouveau voyage
? l'?le de Cyth?re, l? o? les phoques s'?battent
au rythme des passions tardives
gangren?es par le feu tropical des tangos
inachev?s.

4

Le silence est de rigueur, le noeud papillon
facultatif.

5

"Gottfried avait... l'air vieilli, ratatin?, rapetiss?, rabougris".
(Romain Rolland)
A l'approche des frigidaires de la grande banlieue
les tensions s'apaisent d'un coup...
Entre les tours, une ultime vague de fumig?nes
d?verse sur le pav? les derni?res larmes d'amertume ;
des ?lus ? l'?charpe tricolore se mouchent le nez
aux petits fours
rabougris.

6

"La temp?te allait commencer ses attaques, et d?j? le ciel s'obscurcissait."
(Lautr?amont)
Docile, myope
cabr? sous la marchandise, rabl?
le regard humide, le pied l?ger, f?minin
le doigt tendu dans la bonne direction, pr?cis
le masque silencieux, distant
le sherpa sourit
? soudain
il se dressa dans sa stature de g?ant.

Plus tard, on entendit dans le lointain
le rugissement du cyclone.

7

Sur la ligne d'horizon pestif?r?e
la lessive aux rayons cathodiques
brilla longtemps au-dessus de la sombre plaine endormie
jetant des ?clairs sauvages
sur la poussi?re humaine affadie
?cumant de rage devant la p?leur t?tue des savants.
Les t?n?bres entour?rent
les paquets d'actions ? la d?rive toujours vers l'Est
flagell?es par le vent panique, satanique.

8

"Il perdit encore trois lunes ? ?quiper les ?l?phants."
(Flaubert)
Aux caisses enregistreuses de No?l,
des m?nag?res se bouscul?rent par vagues
police secours est intervenue
pagaille fureur ?clats de voix
fureur sono techno;
des coups de poing sont tomb?s pas loin
fragmentant le mousseux en mille bulles
incisives que les canines des porcins
perc?rent au clair de lune
malgr? les plaintes vagissantes des moines
du Mont Athos.

9

"D?esse aux yeux d'azur, aux ?paules d'alb?tre."
(Musset)
A travers le couloir de la mort
la d?esse se fraya un passage
exhibant sa cicatrice ?ternelle
comme un sauf-conduit consulaire
que des soldats antiques
perch?s aux trap?zes des rideaux de fer
reluquent curieux, envieux.

10

Aux carrefours des campagnes d?sert?es
la salade coriace m?le le faux et le marteau
quand soudain arrive L?nine
tir? par un char ? boeufs monumental
aux splendeurs spectrales,
rhomba?dales.

Comment faire
avec le r?alisme dans l'art ?

11

Devant l'avanc?e des veaux
le vide plie bagage
d?crochant les drapeaux de la pens?e math?matique
? celle qu'ignore la cl? des songes ?,
scie les barreaux des cages ? lapins
si v?n?r?s du c?t? de l'Eden fiscal
juste ? c?t?,
? deux pas de la gare de l'Urssaf.

La nature s'efface, effar?e.

12

A l'approche des grandes stations de sport d'hiver
le premier ministre trie le courrier diplomatique
rusant entre les colonnes Buren
surmont?es d'un astral Gustave Courbet
qui, distrait, d'une oreille dubitative
observe les grands chants lyriques de Tyrt?e.

La 111?me promesse
d?terminera le sexe des anges.

13

"Juste au moment o? t'allais ?tre sur le sable on t'offre un petit foyer ."
(Queneau)
Les jours sont compt?s pour le chef de file
de l'?cole du beau.
Sur les bords du lac L?man le ma?tre
photocopie les natures mortes
naufrag?es sur les rivages
les yeux riv?s
sur le sablier
de la pyramide Kephren.

14

Dans le fracas des coffres-forts ?br?ch?s
sous les coups de bec r?p?t?s
impitoyablement r?p?t?s
de deux hirondelles au sens migratoire avari?
aux permis de s?jour p?rim?s
aux montres d?glingu?es
aux accents graves escarp?s
aux poches pleines de chocolat d?traqu?s
au d?sespoir assi?g?
aux r?ves bris?s
malgr? ailes
les hirondelles.

Les comptes num?rot?es ? rebours
arrivent ? terme.

15

Des ann?es de boue
aux pavillons style maison
quelques-uns sont rest?s sur le chemin de croix :
certains dress?s comme des poteaux
t?l?graphiques dans la montagne m?tallique
?pient la danse des corbeaux;
d'autres, engonc?s jusqu'au cou
dans la lourdeur du fado chamarr?
surveillent inquiets la mont?e du prix de la morue;
d'autres encore
?gar?s entre deux mar?es
des rumeurs
doux hivers
hier.

16

La mort aux rats ne prend pas sur le front
de boue que contiennent la mer des sarcasmes
gluants,
dans des bas de laine ? l'?preuve
des questionnaires mmpistes
sibyllins.
Toute empreinte se retourne
comme un gant ?lastique
bondissant le crachat
au-d?l? de la n?cropole de Gizeh
dans l'?cume de la s?ve
fragrante.

17

"Un dessert sans fromage est une belle ? qui il manque un oeil".
(Brillat-Savarin)
Aux confins des desserts
les aigles se d?clinent en temp?tes arborescentes.
Gerbes d'or noircissent le paysage.
Epices sulfureuses sifflotent le pont de la rivi?re Kwa?.
Rumeurs antiques sonnent le glas
lazzi apr?s lazzi
larme apr?s larme
mon oeil.

18

Dans l'attente fr?missante des aurores
bord?ales
les barbares pissent du sang et crachent du fuel
aux fronti?res du possible.

Le soleil tient encore la distance.

19

L'alarme retentira dans les stations debout.
En cas de danger tirez le poing
ferm?.

20

A l'angle de l'Indre et Loire
les clameurs de la foule retiennent la main de N?ron
et le sein d'Ernst pointe l'attente.

D'ailleurs, le savoir-faire d'Ernst tenait ? ceci :
il pointait son pinceau sur la joue bl?me
des oranges embarqu?es ? El Grao
tandis que la honte coulait ? flots sur les maigres
strings estivals macul?s de brume
des andalouses ensabl?es, ?chou?es
sur la Costa Brava.

21

Visant sans discontinuer
olives vertes, haricots bleus, diamants en brut
petits pois sont rouges
le picador tirait ? sa fin,
exigeant de l'Inteligente
dans un dernier soufle
son nom grav? quelque part dans la glaise
rouge de l'ar?ne, tel Erostrate.

Le clairon r?sonna
une fois n'est pas costume.

22

Chez Renault,
le taureau pourra toujours pointer ses cornes.
Rien ? faire, rien ? dire.
Le sol se d?robera sous ses pas vacillants
laissant derri?re lui de grandes flaques d'eau
de cologne ?carlate.

Le clairon r?sonna
il n'y a pas deux sans trois.

23

"Vous confondez ? plaisir cause et effet."
(Gide)
Charg?s de grandes fatigues ancestrales
les barbares jettent ? terre les masques bl?mes du pass?.
Piments et goyaves rythment la danse
sur la pente raide, o? danseurs de paille oubli?s
par la derni?re ?quipe de t?l?vision yankee
se consomment
d'aise.

24

"C'est la mi-temps."
(Elstine)
Elles regardent ? l'Est
ces aigles bic?phales aux migraines cycliques :
l'acouchement sans douleur d'une nouvelle
marque de voiture ? p?dales douces,
le stress de minuit aux chantiers navals
de Gdansk-la-jaune,
les queues tamis?es de gris
devant les guichets de l'H?tel Intercontinental
de Novossibirsk,
pour le tour de chant de la cocotte minute
en chef.

25

"Le soir ? la gare d'Orsay, perdue dans le troupeau que parquait une barri?re."
(Mauriac)
Elles regardent ? l'Ouest
ces aigles bic?phales au vol ? main arm?e :
les s?ances de l'Acad?mie Fran?aise du mardi soir
d?di?es ? la d?gustation des nouveaux produits de chez Fauchon,
les bouillons de culture de betterave
sous l'?pais manteau de limon de la Picardie,
le grand prix annuel des motocrottes 250 cc
de la Ville de Paris.

26

"Sous les arcades rouge sombre des aqueducs ruin?s."
(Romain Rolland)
Tant bien que mal, il est toujours l?, le mal
qui avance masqu? d'amarante :
la barbe incommensurable de Karl, la calvitie
luisante d'Ilitch, le regard innocent de Friedrich,
les mains blanches d'Eug?ne.
Le bien, malgr? nous,
arbore le sourire ang?lique de Niccol?,
pavanne les grandes oreilles niaises de Mickey,
retient le portefeuille Herm?s serr? entre les dents.

Ce combat manich?en ruine les espoirs fastes
du mal.

27

"Je me souviens, la matin?e du 25 Novembre ?tait brumeuse... "
(Eanes)
Au coeur du sujet aux pens?es fleuries d'Avril
la bataille fait rage.
Tous les clignotants sont funestes.

28

Dans les lointaines terres d'Armorique
s'embrume le grandiose nez d'apparat :

se querelle ? Brest avec le masque mortuaire
de Modigliani aux lambeaux rosis par la vague atlantique,
s'embourbe dans le marais poitevin
? la recherche du pacte de r?conciliation
vol?e par l'as de pique de la princesse Mathilde,
se d?bat ? l'Actium avec l'aspic domestique
de Cl?op?tre VII;
et, ?choue lamentablement au Marais
pour mesurer d'un coup d'oeil
la gr?ce de Cyrano paradant au Volcan de Sicile
sous le ragard fuyant de Laude.

A las cinco de la tarde
une t?che de rouge a flamb? le zinc.

29

"Les lieux ! Oui ! Les braves latrines."
(Flaubert)
L'architecte de la sublime
pyramide sugg?rait le 2 janvier dernier
devant un micro ?rect? devant lui :
il faut se pr?occuper du lieu o? l'on est.

30

Titre de T?l?rama :
On lui doit la couverture de ce num?ro.
On ne dira jamais assez la ladrerie
des catholiques.

31

Le po?me statistique regarde le r?el
du c?t? gauche de la virgule
articule les passions d?raisonnables du Pont Neuf
avec la capote boursi?re de la Gaumont
sp?cule sur la remont?e prochaine du brochet
dans la Seine
prend les autobus articul?s pour des carpes
farcies.
Le po?me statistique fait danser les chiffres
devant les mots.

32

"Allez, fouttez-moi le camp, ordure ! Sans ?a je fais un malheur."
(Sartre)
Les bombardes affol?es fendent l'azur
de sph?res armillaires : toute r?volution est essentiellement inutile.

Les choeurs caucasiens chantent toute l'ann?e
la grande braderie du 28 Mai : pas d'autre issue pour le salut
du peuple sinon la dictature militaire.

Les trompettes du grand bazar s'entendent
au del? de la rade : le fascisme ne peut pas ?tre accus?
de plagiat ou d'assujettissement ? un ma?tre ou ? un mod?le.

Les haies tot?miques des volontaires
de la r?action brandissent des bouquets de bruine :
son prestige r?side dans cette formidable impression
de diff?rence par rapport aux vulgaires Portugais.

Les grands pr?tres de la falsification sinc?re
de l'histoire ?pient les poissons d'Avril par l'oeil du hublot
des machines ? laver : toute correspondance
re?ue dans un bureau doit ?tre enregistr?e, pour raisons
chronologiques, dans un cahier destin? ? cette fin.

Le carr? des boulang?res enneige le paysage
? grands coups de poudre d'h?ro?ne :
le grand chantre de la suavit? lusitanienne
chapeau bas, salue les cadavres
ambulants.

33

Oph?lia, mon b?b?.
Le rouleau compresseur de ton corps
me coin?a les couilles dans l'entreba?llement
de deux phantasmes.
Ta poigne de bouch?re de lentes et poux
me secoue la queue
comme un pilote de formule 1 un soir de victoire.
Ta langue triangulaire, rapeuse et pointue
me laboure les parois du gosier
? la recherche d'improbables p?tites d'or
de la poussi?re de diamant
? saintes r?liques du Cinqui?me Empire. Harass?e
tu ramasses d?gout?e
les vestiges d'une andouillette mal-aval?e. Moi
drap? dans ma dignit?, embourb?
dans les vapeurs d'un arack malfam?
je m'efface, bancal
dans le creux de ton nombril
juste ? deux pas de Castalia.
Mehr licht !

34


35
"Bolchevism is art.
Pourquoi ?a, ? un moment o? il nous faut du calme et de l'ordre?"
(Richard Huelsenbeck)
Au troisi?me top. De vastes fulgurations
des temps post-cybern?tiques verront le jour.


Br?s da Costa (1?re version ?dit?e par les ?ditions Albatroz, cllection po?sie palmip?de. ISBN 2.909560-09-0 ISSN 0984-8983. Paris, 1992)

Nuestros saludos desde aqu? a todos los colaboradores de ALBATROZ.
Publicado por dali1 @ 14:07  | POEMAS
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Comentarios
Publicado por Bicho da Cruz
Mi?rcoles, 09 de julio de 2008 | 11:57
que pena que este notavel poeta seja t?o pouco conhecido nas Ilhas Faro?
Publicado por nombre
Jueves, 09 de abril de 2009 | 1:04
Pois ?. Eu hoje publiquei um trecho dum poema dele no meu blog: http://silenciodospoetas.wordpress.com/2009/04/08/evocacao-de-um-pomo-negri/