S?bado, 10 de febrero de 2007
Fleur d'enfance

L'haleine d'une fleur sauvage,
En passant tout pr?s de mon coeur,
Vient de m'emporter au rivage,
O? nagu?re aussi j'?tais fleur:
Comme au fond d'un prisme o? tout change,
O? tout se rel?ve ? mes yeux,
Je vois un enfant aux yeux d'ange:
C'?tait mon petit amoureux!

Parfum de sa neuvi?me ann?e,
Je respire encor ton pouvoir;
Fleur ? mon enfance donn?e,
Je t'aime! comme son miroir.
Nos jours ont s?par? leur trame,
Mais tu me rappelles ses yeux;
J'y regardais flotter mon ?me:
C'?tait mon petit amoureux!

De blonds cheveux en aur?ole,
Un regard tout voil? d'azur,
Une br?ve et tendre parole,
Voil? son portrait jeune et pur:
Au seuil de ma pauvre chaumi?re
Quand il se sauvait de ses jeux,
Que ma petite ?me ?tait fi?re;
C'?tait mon petit amoureux!

Cette ombre qui joue ? ma rive
Et se rapproche au moindre bruit,
Me suit, comme un filet d'eau vive,
A travers mon sentier d?truit:
Chaste, elle me laisse autour d'elle
Enlacer un chant douloureux;
H?las! ma seule ombre fid?le,
C'est vous! mon petit amoureux!

Femme! ? qui ses l?vres timides
Ont dit ce qu'il semblait penser,
Au temps o? nos l?vres humides
Se rencontraient sans se presser;
Vous! qui f?tes son doux Messie,
L'avez-vous rendu bien heureux?
Du coeur je vous en remercie:
C'?tait mon petit amoureux!


Pauvres fleurs, , 1839


? propos de MARCELINE DESBORDES-VALMORE [1786] - [1859]

La vie de Marceline Desbordes-Valmore est marqu?e par le sceau du malheur. N?e ? Douai, fille d?un peintre en armoiries ruin? par la R?volution, Marceline Desbordes conna?t une enfance difficile. Elle doit interrompre ses ?tudes ? cause de la ruine de sa famille. Pour tenter de redresser la pr?caire situation financi?re de la famille, sa m?re d?cide de rejoindre un riche parent aux Antilles, en Guadeloupe, mais meurt de fi?vre jaune ? l'arriv?e ? Basse-Terre. ?prouvant voyage dont Marceline Desbordes revient seule, ? demi-morte.
De retour ? Douay, ? l??ge de seize ans, elle embrasse la carri?re de com?dienne et de cantatrice qu?elle n?abandonnera qu?en 1832, se sp?cialise dans les r?les d?ing?nue, cr?ant, sur la sc?ne de l?Od?on, notamment, des r?les de Pigault-Lebrun.
Sa rencontre avec le compositeur belge Gr?try lui permit de se produire ? l'Op?ra-Comique en 1805, puis au th??tre de l'Od?on en 1813.
En jouant ? Bruxelles la Rosine du Barbier de S?ville de Rossini, elle rencontre un acteur de second ordre, Prosper Lanchantin, dit Valmore, qu'elle ?pouse en 1817. Le couple entame une vie difficile et errante. Marceline perdit peu ? peu tous ses proches, ses trois enfants, son fr?re, et s'?teignit seule et dans le d?sespoir ? Paris en 1859.
Marceline Desbordes-Valmore donne de son premier recueil, ?l?gies et romances (1819), plusieurs ?ditions revues et augment?es. Elle abandonne le chant en 1823 et publie en 1825 un recueil po?tique important, ?l?gies et po?sies nouvelles. Marceline est l?un des plus grands po?tes de sa g?n?ration. Sa renomm?e de po?tesse grandit au fil de ses recueils ult?rieurs: ?Po?sies in?dites? (1830), ?Les Pleurs? (1833), ?Pauvres Fleurs? (1839), et ?Bouquets et pri?res? (1843). Un ultime recueil de ?Po?sies? est publi? ? titre posthume en 1860. ? c?t? de ces recueils, elle ?crit aussi: Contes en prose pour les enfants (1840), Contes en vers pour les enfants (1840), Jeunes T?tes et Jeunes C?urs (1855) et un livre de souvenirs autobiographiques, L?Atelier d?un peintre, sc?nes de la vie priv?e (1833).
?me sensible, d?licate, impressionnable, elle sait traduire ses sentiments avec une sinc?rit? et une spontan?it? rares et surtout dans une langue d?une musicalit? qui s?duit les plus grands ?crivains de l??poque: Lamartine, B?ranger, Vigny, Hugo, dont elle restera toujours l?amie, puis Baudelaire, contempteur des femmes de lettres, aupr?s de qui, elle est la seule ? trouver gr?ce.
Avec les ann?es marqu?es par les d?ceptions, les difficult?s mat?rielles, les deuils cruels, son lyrisme gagne en beaut?, en intensit? et en passion douloureuse. Elle excelle dans l??l?gie, o? son lyrisme personnel trouve sa juste mesure. Ses idylles, romances, contes et r?cits en prose et en vers pour les enfants appartiennent aux genres n?o-classiques toujours en vigueur, continuant ? d?pendre d?une rh?torique un peu trop convenue, mais qui n?emp?chent pas l??closion d?un des plus romantiques et des plus ?mouvants temp?raments po?tiques de cette ?poque.
Marceline Desbordes-Valmore est un auteur m?lancolique dont les vers, d'une grande musicalit?, m?ritent mieux que leur r?putation de romantisme grandiloquent et surann?. Sa po?sie, qui traduit le d?sir et les d?sarrois d'une femme ? la recherche de son identit?, est profond?ment originale et ?tonnamment moderne tant dans le style que dans le rythme; elle fut en effet la premi?re ? introduire en France, avant Verlaine, l'usage du vers impair, ? user du vers de onze syllabes.

Publicado por gala2 @ 20:42  | POEMAS
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